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En Seine pour les JO

En Seine pour les JO

C’est un mantra parisien qui sévit depuis 1988 : la Seine sera baignable. Anne Hidalgo le confirme : l’épreuve olympique du triathlon aura bien lieu en 2024 au départ du Trocadéro ! Mission impossible ? Quasi. 

Stéphane Rabut @Stephrabut Illustration © Aurélie Binet @aureliebinetart 

Il y a des héritages qui font plaisir mais sont en fait des cadeaux empoisonnés. Pour les maires de Paris, c’est le cas de la Seine, fleuve somptueux qui traverse la capitale, pollué depuis plus d’un siècle par l’activité humaine. La baignade y est interdite depuis 1923 mais se poursuit de manière illicite jusqu’en 1950. En 1988, Jacques Chirac annonce qu’elle sera baignable et s’engage, devant témoins, à s’y baigner. On n’en verra rien. Bertrand Delanoé, lui, organise Paris Plages : on peut bronzer en bord de Seine mais sans y plonger un orteil. À l’heure actuelle, une trempette expose à quinze euros d’amende. Si le montant semble dérisoire, les risques sont réels. Fin 2000, les triathlètes obtiennent une dérogation pour les compétitions et le triathlon de Paris renaît de ses cendres. Anne Hidlago abroge l’autorisation en 2013. En cause, le taux important de contamination de l’eau : matières fécales, bactéries entraînant gastro-entérite, infection urinaire ou méningite sont légion dans le fleuve. Une micro-coupure, de l’eau qui rentre dans le nez ou les oreilles suffisent à transmettre ces maladies. Pire, les triathlètes ont une fâcheuse tendance à boire un peu d’eau pendant l’effort : 10 à 37 ml d’après une étude1. À leur santé ! 

Rendre la Seine baignable est digne des douze travaux d’Hercule La directive européenne « baignade », qui détermine les conditions d’une bonne qualité de l’eau, stipule que l’obtention du label « qualité baignade » dépend d’une série de mesures étalées sur quatre ans. Très exactement le temps qui sépare l’annonce d’Anne Hidalgo des JO de Paris. La condition sine qua non pour l’obtention du label tant convoité : les taux de certaines bactéries comme Escherichia coli et d’entérocoques fécaux qui ne doivent pas dépasser certains seuils. 

Bouillon de culture 

Ces derniers sont malheureusement les principaux polluants de la Seine et certainement les plus quantifiables. Les mesures laissent de côté une joyeuse ménagerie de pathogènes : virus responsables de diarrhées et gastro-entérites, hépatites, protozoaires… Les causes sont multiples : les déversements dans la Seine des stations d’épuration, mais aussi quelque 40 000 mauvais raccordements au réseau d’assainissement en amont de la capitale2, auxquels s’ajoutent les déversoirs d’orage – Paris étant quasi imperméable, les eaux de ruissellement ne sont plus absorbées – et les péniches qui rejettent leurs eaux noires directement dans le fleuve. Puisque la Seine ne coule pas qu’à Paris, une coordination régionale a été mise en place pour remédier au problème. À la mairie de Paris, c’est une task force de trois adjoints qui est en charge du dossier : Célia Blauel (en charge de la Seine, de la prospective Paris 2030 et de la « résilience »), Colombe Brossel (en charge de la propreté de l’espace public, du tri et de la réduction des déchets, du recyclage et du réemploi) et Pierre Rabadan (en charge du sport, des Jeux Olympiques et Paralympiques). 

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« Les sujets paraissent monumentaux au départ, et ils le sont », souligne, lucide, Colombe Brossel. « Pour nous, 2024 est un accélérateur. Nous n’avions pas le choix, et c’est une très bonne chose. La directive cadre européenne sur l’eau imposait qu’on rende une qualité environnementale à la Seine, à la Marne et à leurs berges. Si je regarde les échanges dans les comités de pilotage, on avance étape par étape. On ne peut plus être dans l’incantation, on doit être dans le faire », explique l’édile. Pour réussir l’impossible, une enveloppe d’1,4 milliard d’euros est mobilisée afin de rendre aux cours d’eau leur bon état écologique et de permettre la baignade. Son financement est assuré par les collectivités et l’État, via l’Agence de l’Eau Seine-Normandie. Et son programme est vaste : mise en conformité de la collecte des eaux usées par la création ou la rénovation de réseaux publics et la correction des mauvais branchements privés ; mise en place de zonages pluviaux, qui permettent de maîtriser l’écoulement des eaux pluviales et de ruissellement, tout en palliant les risques de pollution inhérents ; création de réseaux d’assainissement à quai et raccordement des bateaux et établissements flottants ; construction d’ouvrages de régulation et d’optimisation du réseau d’eaux usées… La liste des chantiers est longue comme un jour sans pain. 

« En 2024, on aura rendu la Seine et la Marne plus propres, on aura rendu les berges aux habitants, on aura renforcé la biodiversité. On aura fait la vraie transformation écologique de nos cités », assure Colombe Brossel, avant d’ajouter : « Aujourd’hui, on se baigne dans le bassin de la Villette, demain on se baignera dans la Seine et la Marne ». Reste à définir quand sera « demain ». L’effort qui est fait actuellement pour diminuer les rejets dans la Marne et la Seine aura sûrement un impact bénéfique, tant pour la pollution d’origine microbiologique que par les micropolluants (résidus médicamenteux, hormones, pesticides, etc.). Toutefois, en matière de calendrier, cela risque d’être un peu juste pour sortir le maillot de bain et piquer une tête dans la Seine en toute sérénité en 2024. 

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