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Paris roule pour les coursiers

Paris roule pour les coursiers

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Les livreurs et les livreuses devraient bénéficier, sous peu, d’un lieu dédié à Paris. À l’initiative de Barbara Gomes, conseillère à la mairie du 18e arrondissement, une maison des coursiers pourrait les accueillir dès le printemps. 

Sophie Danger  Illustration © Agathe Bruguiere @agathe.you.babe 

Ce serait une première en France : une maison des coursiers devrait voir le jour dans le nord de Paris. Ce projet, porté par l’élue communiste Barbara Gomes, mettra à disposition des livreurs et des livreuses de la capitale un lieu-ressource dans lequel non seulement se reposer et avoir accès à des sanitaires, mais aussi bénéficier de conseils pour améliorer leurs conditions de travail très souvent – pour ne pas dire systématiquement – difficiles. « L’idée est de ne plus les laisser seuls, abandonnés à eux-mêmes, mais qu’ils sachent que, quelque part, il y a un endroit où ils peuvent se retrouver, parler de leur situation et où on peut leur venir en aide, explique la conseillère de Paris. Avec cette maison, nous répondons à une urgence sociale. » 

Pourtant loin d’être nouvelle, la problématique complexe de ces travailleurs précaires, micro-entrepreneurs pour la plupart, semble, situation sanitaire oblige, avoir accéléré une prise de conscience salutaire dans l’opinion publique. « Il y a quelques années, il était assez compliqué de faire comprendre que ces gens étaient de faux indépendants, poursuit l’élue, mais aujourd’hui, il n’y a plus de doute sur leur qualité de salariés. » Or, les plateformes qui les emploient refusent catégoriquement de leur reconnaître ce statut, sans doute pour une question de coûts – celui des charges sociales en particulier. Autre avantage pour ces plateformes : recruter des travailleurs indépendants allège considérablement leurs responsabilités, y compris en matière sanitaire. « Au début, les coursiers se retrouvaient dans certains bars parce qu’ils savaient que le patron était sympa. Il les lais- sait venir à une table, boire un café et aller aux toilettes. Mais plus les plateformes comme Uber Eats ou Deliveroo se développent sur le marché, avec des méthodes extrêmement agressives, plus les restaurateurs sont à cran et voient d’un mauvais œil le fait de pallier leur irresponsabilité. » Victimes collatérales de cette guerre larvée, coursiers et coursières se voient donc désormais privés non seulement d’accès aux WC, dans des établissements qu’ils contribuent pourtant à servir, mais plus généralement d’un endroit où, tout simplement, se protéger des intempéries et reprendre des forces. 

Argent public, enjeux privés 

Adopté, dans un premier temps, au conseil d’arrondissement du 18e fin novembre dernier, le futur centre d’accueil s’est vu allouer, en toute fin d’année, une enveloppe 35 000 € pour 2021 à l’issue du Conseil de Paris. « Nous avions demandé 45 000 € mais, vu le contexte sanitaire, rien n’était assuré », se félicite Barbara Gomes, consciente néanmoins que le budget de fonctionnement de l’établissement ne devrait, dans l’idéal, pas être supporté par la municipalité. « L’argument que l’on nous a opposé, que certains continuent à nous opposer, est que ça ne devrait pas être aux villes de prendre en charge cela. Ce devrait être à l’État, en effet, de taper très fort du poing sur la table et d’imposer le respect de la loi et des décisions de justice, mais le gouvernement ne le fait pas et on ne peut plus être dans l’attentisme permanent. » 

« Ce devrait être à l’État de taper très fort du poing sur la table et d’imposer le respect de la loi. » 

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Barbara Gomes, conseillère à la mairie du 18e arrondissement

Confiée à l’association CoopCycle2, une fédération de coopératives en charge de son développement, la maison des coursiers se cherche désormais un local pour exister. « Le budget servira à financer un salarié qui s’occupera de la maison, d’organiser des permanences pour informer les coursiers sur tout ce qui existe dans la ville afin de les aider à se sortir d’une activité qu’ils subissent et dont ils n’ont pas choisi les conditions, conclut Barbara Gomes. Pour le reste, nous sommes entrés en négociation avec des bailleurs qui accepteraient peut-être de nous accueillir à titre gratuit, seule possibilité pour nous de concrétiser le projet. » 

Des tractations à ce jour toujours en cours3, mais qui laissent présager d’une possible ouverture au printemps 2021. Une perspective d’autant plus réjouissante pour les principaux intéressés que l’idée semble, d’ores et déjà, avoir fait des émules. « J’ai reçu pas mal de coups de fil d’autres villes qui me disaient : ‘Ce projet nous intéresse, comment avez-vous fait ?’ On espère que cette contre-attaque va pouvoir s’élargir sur tout le territoire et que, à terme, on trouvera cette maison des coursiers ailleurs. Cela permettrait aux livreurs et aux livreuses de retrouver une dignité dans le travail, de créer un rapport de force favorable pour qu’ils puissent se structurer et ne pas laisser gagner les plateformes. » 

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