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Glyphosate : la contamination générale se confirme

Glyphosate : la contamination générale se confirme

Après trois ans de campagne d’analyse d’urine dans toute la France,
les premiers résultats de la « Campagne glyphosate » sont tombés.
C’est sans appel : la contamination au glyphosate de la population française est massive. 

Stéphane Rabut @Stephrabut / Illustration © Mathieu Persan 

Ils ont de l’humour dans l’association « Campagne glyphosate ». Enfin, surtout les Bretons avec leur acronyme P.I.G. : Pisseurs Involontaires de Glyphosate. La réalité est moins drôle : leur dernière étude démontre que chacun d’entre nous est contaminé au glyphosate. « 6 848 personnes ; je crois que nous avons la plus grosse cohorte d’analyse scientifique sur le glyphosate » s’étonne encore Dominique Masset, co-coordinateur national de l’association Campagne glyphosate. On est loin du début de la campagne en 2018 et des 300 personnes qui avaient participé1. Trois ans et 175 séances de prélèvements plus tard, la campagne a réussi un tour de force en couvrant 83 départements sur 95 départements métropolitains incluant des tranches d’âges allant de 6 mois à 94 ans. La première série d’analyse avait démontré2 que tout le monde était contaminé au glyphosate. 

Pour rappel, le glyphosate est la molécule active de l’herbicide Roundup, produit par Monsanto. Tombée dans le domaine public, cette molécule est le pes- ticide le plus utilisé au monde, surtout en agriculture. On en trouve des traces dans l’eau, dans l’air ou dans l’alimentation. La molécule, qui n’existe pas à l’état naturel, est considérée depuis 2015 par l’Organisation Mondiale de la Santé comme « cancérogène probable ». « Lors de la précédente campagne de prélèvement, j’étais record de France avec une concentration de glyphosate dans les urines de 3,3 ng/ml. J’ai abandonné mon titre à un jeune encore plus contaminé que moi avec 7 ng/ml. Soit 70 fois la concentration maximale autorisée de 0,1 ng/ml dans l’eau du robinet. C’est évidemment de l’humour noir », précise Dominique Masset. Sur les 6 848 personnes testées, le taux est de 1,17 ng/ml et 50 % d’entre elles a un taux supérieur à 0,90ng/ml. 

L’arbre qui cache la forêt 

Mais la partie la plus intéressante de l’étude, qui totalise plus de soixante pages de données, c’est la sociologie de l’échantillon. Il n’est pas du tout représentatif de la moyenne des Français. Ce sont des personnes très sensibilisées, bien entendu, au problème des pesticides et qui ont un comportement (alimentation, lieu de vie, de travail, activité physique) devant en principe, limiter leur exposition aux produits phytosanitaires (le « bio »). On trouve une surreprésentation de personnes végétariennes, végétaliennes, véganes, retraitées, CSP+, agriculteurs, et une sous-représentation des classes ouvrières et d’employés. La plupart est active et vit à la campagne. Au total, 23 critères ont été listés, jusqu’à la consommation de bières bio. 

« On est inquiets pour le reste de la population. A priori, les résultats seraient plus préoccupants » souligne Dominique Masset. Grâce à cette somme de données, l’association a réuni un comité scientifique afin de publier d’ici la fin de l’année un article dans une revue à comité de lecture. Avec une reconnaissance du monde scientifique de leurs travaux, c’est un argument de poids pour peser sur le gou- vernement et obtenir une interdiction définitive du glyphosate. Les personnes qui se faisaient prélever pouvaient déposer plainte. « Il y a eu plus de 5 500 plaintes déposées. On n’avait pas imaginé que ça serait aussi massif » précise M. Masset. Le moment est charnière. 

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Secrets toxiques 

Alors que la cour administrative d’appel de Lyon a confirmé fin juin l’interdiction de commercialisation du Roundup Pro 360, un produit désherbant largement utilisé en viticulture contenant du glyphosate de l’entreprise Monsanto (désormais Bayer), l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA) ont reçu le 15 juin dernier une évaluation préliminaire des risques associés au glyphosate, réalisée par quatre États membres de l’UE, et vont à présent en étudier les résultats. Le glyphosate est actuellement autorisé dans l’Union européenne jusqu’en décembre 2022. « Cette étude a un biais. Seule la substance active est prise en compte. Bien sûr, elle est réalisée par le pétitionnaire et non pas par l’EFSA. Il n’y a pas de travail réalisé sur la formulation complète et donc l’effet cocktail n’est pas pris en compte. 

« Tout est fait pour nous faire croire que ces produits sont écolos alors qu’il y a des substances hautement toxiques dans leur composition. »

Dominique Masset, co-coordinateur national de l’association Campagne glyphosate

Le même problème apparaît avec les produits de substitutions au glyphosate. Le produit actif mis en avant est de l’acide acétique, en gros du vinaigre. Et le vinaigre, c’est inoffensif. Preuve en est : les fabricants ont même conçu des emballages verts de chez vert. Tout est fait pour nous faire croire que ces produits sont écolos alors qu’il y a des substances hautement toxiques dans leur composition. On a déjà répertorié plus de 14 substances ultra dangereuses comme des métaux lourds, de l’arsenic… Avant, on se focalisait sur le glyphosate. Un produit chimique, ça pouvait inquiéter les gens… Mais du vinaigre… » fulmine D. Masset. Un collectif d’une vingtaine d’associations s’est constitué pour dénoncer ces « secrets toxiques ». Le combat continue. 

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