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Transiliens, gare aux envies pressantes

Transiliens, gare aux envies pressantes

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De la disparition programmée des toilettes dans les trains du réseau d’Île-de-France. 

Par Sophie Danger

C’est une donne que les quelques 3,4 millions de personnes qui empruntent quotidiennement l’une des quinze lignes du réseau Transilien ont intégré depuis longtemps : en cas d’envie impromptue, nulle possibilité de se soulager aux toilettes. Et pour cause. Depuis quelques années, les 6 200 trains qui circulent, chaque jour, pour desservir les gares d’Île-de-France ne sont plus équipés de sanitaires. Un phénomène qui remonterait au début des années 2010, selon Marc Pelissier, président de l’Association des Usagers des Transports (AUT). « À cette époque, explique-t-il, de nouveaux trains ont été livrés sans toilettes à bord. Comme ils desservaient des lignes qui ne sont pas les plus longues en terme de temps, ça n’a, sur le coup, pas vraiment fait débat et le sujet est passé sous les radars. » 

De quelques exceptions au départ, ces trains sans lieux d’aisance sont peu à peu devenus la norme. Et depuis 2015, il n’en est plus un seul avec WC en circulation. Un état de fait qui n’est pas sans désagréments pour les gens qui résident ou se rendent en grande couronne. Avec une durée moyenne de trajet qui avoisine les 50 minutes, mieux vaut, en effet, prendre ses précautions sous peine de – très – mauvaise surprise. « En mars dernier, nous avons eu un gros incident sur le RER D sud, rappelle à ce propos Jonathan Magano, président de la SaDur, l’Association des Usagers du RER D. Une caténaire est tombée sur un train qui est resté bloqué durant deux ou trois heures. Certains voyageurs ont été contraints de demander aux personnes installées au même étage qu’eux de partir pour pouvoir faire leurs besoins au milieu de la voiture ». 

Une décision assumée 

Une mésaventure qui reflète, à l’extrême, l’inconfort de la situation. Interpellés à ce sujet, la SNCF et Île-de-France Mobilités (IDFM) assurent néanmoins en avoir pris, depuis longtemps, la mesure. Et s’en préoccuper. Pour autant, la suppression des toilettes reste un choix assumé. « Lorsque l’on a des toilettes dans les trains, plusieurs problématiques se posent », justifie Amandine Martin, la secrétaire générale de Transilien SNCF, qui évoque en premier lieu des questions d’espace et d’entretien. « Les toilettes prennent de la place et, qui plus est, au mauvais endroit puisqu’elles sont souvent sur les plateformes. Or, c’est précisément là qu’il y a le plus de flux et donc où elles sont le plus gênantes. Ces toilettes, il faut également pouvoir les nettoyer régulièrement et, en mass transit, c’est très difficile. Nous n’avons pas toujours la capacité de le faire à chaque terminus car il faudrait, pour cela, un raccordement à l’eau, ce qui n’est pas toujours le cas. Si on voulait les maintenir propres, on ne pourrait le faire qu’au centre de maintenance ; or les trains n’y vont une fois par jour, ce qui n’est pas suffisant. » 

« Les toilettes prennent de la place et, qui plus est, au mauvais endroit puisqu’elles sont souvent sur les plateformes. » 

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Amandine Martin, secrétaire générale de Transilien SNCF

Dernier argument invoqué par le transporteur pour expliquer l’absence volontaire de petits coins dans les rames : celui de la sécurité. « Nous avons souvent eu des débuts d’incendie dans les toilettes parce que certains s’amusaient à y mettre le feu, poursuit Amandine Martin. Il est également arrivé qu’elles servent de squat ou que l’on y retrouve des objets abandonnés. Cela implique de faire appel à des démineurs et donc d’arrêter la circulation ». Des nuisances, volontaires ou non, auxquelles viennent s’ajouter les contraintes liées à la lutte anti-terroriste. « Nous sommes en plan vigipirate renforcé depuis 2017, poursuit-elle. Nous devons donc être en capacité d’assurer qu’il n’y a pas de danger dans les endroits clos. Cela signifie que, s’il y avait encore des toilettes dans les trains, nous serions obligés de les fermer en permanence ».

Difficile, face à cet argumentaire bien rodé, d’imaginer un possible retour en arrière. Et malgré la promesse d’une consultation prochaine dédiée au sujet entre Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France, les associations de voyageurs et Île-de-France Mobilités, il est plus que probable que Franciliennes et Franciliens soient contraints, définitivement, de se contenter de la seule alternative qui s’offre désormais à eux : des toilettes en gare. Une solution de repli qui peine néanmoins à donner pleinement satisfaction. Sur les 390 stations du réseau, seul un tiers est doté de WC. Une offre jugée insuffisante mais qu’IDFM s’est engagé à améliorer rapidement. D’ici 2024, 94 nouvelles gares devraient être pourvues à leur tour de sanisettes automatiques, soit presque deux fois plus de chance, pour les futurs heureux bénéficiaires, d’arriver à bon port sans encombre. 

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